J'ai très bien dormi. En disant au revoir à mes 2 compagnons de chambrée, je m'aperçois que la femme randonne avec des tennis ce qui me surprend car là où je suis passé il est impossible de faire le même parcours avec ce genre de chaussure. Je fais part de mon étonnement au mari mais n'obtiens qu'une réponse évasive. En tout cas eux ils font l'étape. 

 Je retourne au centre du village déposer les clés et prendre un PDJ. Je demande au patron s'il peut m'appeler un taxi. La télé montre des images d'inondation dans la région basque avec des morts ce qui n'améliore pas mon moral. Le patron (sympa) se saisit du téléphone, me regarde et me demande si je suis sûr car je suis uno peregrino et les peregrinos ne vont pas en taxi. Que je vais rater la plus belle étape du parcours. Un client au bar se mêle de la conversation, il parle un peu le français et me dit que je peux y aller, que ce n'est pas trop dur et que je passerai sans problème.

 Bref, ils me mettent la honte ou mieux me remettent dans le chemin.  Comme RUFIN le dit dans son livre, il y a toujours quelque chose qui pousse à continuer lorsqu'on veut tout arrêter, lorsque le moral ne suit plus. Mais le chemin est plus fort, il nous pousse à continuer. Je citerai plus tard les extraits du bouquin mais c'est assez troublant en repensant à ces passages.

 Ces 2 espagnols m'ont convaincu, je vais tenter de passer. lLe patron raccroche son téléphone et me souhaite un buen camino. J'y vais, on verra bien.

 Ils avaient raison cette étape est très belle même si à cause de la brume on ne voit pas grand chose des montagnes. En tout cas ca monte , ca monte dur !! (pour les connaisseurs 900 m de dénivelé en 6 kms).

 Je traverse une forêt (des hêtres je pense)  de très vieux arbres, d'une beauté à couper le souffle. je ne peux m'empêcher de caresser un tronc d'arbre couvert de mousse. Je me sens totalement en phase avec la nature. Je suis seul, aucun bruit sinon les oiseaux. je suis comme ensorcelé par ce lieu. Que cette forêt est belle. je crois qu'elle restera gravée dans ma mémoire toute ma vie  .

 J'arrive au sommet  et au tunnel de SAN ADRIAN. C'est un passage court et assez bas de plafond qui relie les 2 vallées. Une chapelle a été construite à l'intérieur et certainement à côté des bâtiments en ruines (étables ou ermitage ?).  Avant d'entrer, je téléphone à Nadine pour lui dire que finalement j'ai fait l'étape et que je suis au sommet. Je pénètre ensuite dans le tunnel où je prends plusieurs photos. J'allais repartir quand un marcheur espagnol arrive en sens inverse. Cela sera le seul que je croiserai aujourd'hui et il faut que cela soit dans ce tunnel ! Curieux hasard comme d'hab ! Je lui demande de me prendre en photo devant la chapelle. Il doit connaître déjà les lieux car il repart aussitôt après.

 Je sors par l'autre extrémité du tunnel et décide de m'arrêter pour déjeuner. Il est environ 11h45. Je suis trempé car j'ai beaucoup transpiré durant la montée. Mon tee-shirt est à tordre de sueur. Je suis obligé de le changer et d'enfiler une polaire pour ne pas me refroidir.

 Après déjeuner, je repars il reste encore quelques centaines de mètres à monter le long d'un chemin en pierre moyenâgeux puis c'est la descente. Comme je l'avais imaginé, les torrents débordent de partout et coulent sur le chemin. Parfois j'enfonce la totalité des chaussures dans la boue en faisant pourtant très attention mais je n'ai pas souvent le choix. Enfin, après plusieurs kilomètres, je retrouve le sec c'est à dire le bitume. Plus loin la route est complètement coupée par un torrent qui la traverse, je suis quand même obligé de traverser avec de l'eau arrivant à mi chaussure.

  Je pense à la randonneuse espagnole rencontrée à l'albergue c'est absolument impossible qu'elle fasse cette étape en tennis. je pense qu'ils doivent passer par la route que prennent les cyclistes et qui contourne la montagne. Cela explique pourquoi je ne les ai encore jamais rencontré sur le chemin au hasard des pauses.

  J'ai de très bonnes chaussures de marche, achetées à San SEBASTIAN lors de mon camino del norte en 2009. Elles prennent rarement l'eau sauf au bout de plusieurs heures  de marche sous des pluies torrentielles. J'en suis vraiment content (marque espagnole : CHIRUCA). Après 4 ans et plusieurs randos, la semelle est comme neuve !  Rien à voir avec les chaussures DECATHLON qu'il faut changer chaque année.

 Les 10 derniers kilomètres se feront sur de petites routes non fréquentées. Le soleil est revenu et il fait tout de suite très chaud.

Une anecdote qui confirme déjà mes observations faites lors du camino del norte : vous êtes toujours observé par les habitants des villages que vous traversez. Discrètement. Mais il suffit de s'écarter du chemin pour qu'un habitant sorte et vous fasse comprendre que vous vous trompez. Dans un village à la fin de la descente où je m'étais arrêté pour boire un coca-cola, je ne trouve plus les flèches jaunes pour repartir, je regarde mon guide : rien.

Je suis devant une fourche : vais-je à gauche ou à droite ? Allez, à gauche. je m'avance de 10 m lorsque j'entends frapper aux vitres d'une maison, je me retourne, je ne vois personne mais je me doute bien que la personne (âgée ?) a voulu me dire que je me trompais. Je prends donc le chemin de droite et trouve 300 m plus loin la confirmation de la bonne direction par une belle flèche jaune. 

En arrivant à Salvatierra, je prends en photos de nombreuses centrales solaires entourant la ville. Bien qu'elles n'aient pas dû beaucoup fonctionner ces derniers jours, les espagnols ont une longueur d'avance sur nous dans les énergies renouvelables. Les nombreux champs d'éoliennes rencontrés plus tard me confirmeront cet avis.

 J' arrive un peu crevé à Salvatierra. Les hospitaliers de Beasain m'ont dit qu'une nouvelle albergue venait d'ouvrir juste à côté du commissariat. Je m'y rend en demandant mon chemin plusieurs fois. Arrivé, personne ne sait où sont les clés, il n'y a aucune indication sur l'albergue. Un homme vient à ma rencontre pour me dire qu'elle a été inaugurée il y a une semaine et que les choses sont pas encore rôdées (dommage, j'aurai été le premier pelegrinos à y dormir !). Finalement, je vais prendre une chambre à l'hôtel "Jose Marie" que tout le monde en ville connait (22 euros). J'ai douche et WC et je vais dormir dans des draps.

Lessive, douche, je resors faire mes courses pour demain midi. En revenant je m'arrête boire une bière sur la place du village et je reste un long moment zen à observer la vie de cette petite ville. Sur la place à 19h il n'y pas grand monde. Dans une heure tous les espagnols sortiront et cela sera la foule.

 Je retourne à ma chambre visionner les photos prises et je descends dîner à 21h au restaurant de l'hôtel (menu del dias 10 euros). J'envoie un SMS à Nadine pour lui dire que le moral est revenu en même temps que le soleil. L'étape que j'appréhendais est passée :)

 Les 2 italiens du gymnase de Zegama sont installés également à cet hôtel. Nous échangeons quelques mots. ils me disent être passés derrière moi et ont vu mes pas dans la boue. Je suis sceptique. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Jolis panneaux indiquant les fermes basques     

 

  

 

 

 

 

 C'est aussi le territoire  des pottoks (chevaux en semi liberté) 

 

  

 

 

 

 

 

  

  

  

 

 

  

 

  

 

  L'ermita Iruetxeta 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Voici le tunnel San Andrian 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 A l'arrivée je déballe mon SAD